Les dossiers Footaises
Ce qu’en dit la Fédé
La santé des jeunes joueurs et joueuses de soccer vient avant tout, et ne doit pas être mise en danger à cause de la nature d’un sport, reconnaissent Martial Prud’Homme et Éric Leroy, respectivement président et directeur technique de la Fédération de soccer du Québec. Mais avant d’apporter des modifications importantes à la pratique du soccer, il faut des preuves scientifiques claires, préviennent-ils. Et c’est ce que tâchera de colliger ces prochains mois le Conseil médical de la FSQ, un tout nouveau comité composé de médecins de différentes spécialités qui s’avère une première pour une fédération sportive unisport au Québec.
QUÉBEC SOCCER : Que pensez-vous des inquiétudes de Denis D. à la suite de la mésaventure de sa fille?
ÉRIC LEROY : Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) nous a interrogé par rapport à une telle problématique et nous, ce qu’on a répondu… Heureusement, maintenant, la FSQ a conseil médical dans lequel siègent 7 à 8 médecins dont un neurologue, et (les commotions cérébrales) c’est quelque chose qu’on va mettre de l’avant dans les discussions et les analyses.
Mais ce qui est par ailleurs certain, c’est que le soccer n’est pas devenu un sport traumatisant du jour au lendemain. D’après ce que ce monsieur a vécu – et, évidemment, ce n’est pas validé – mais peut-être qu’il y a eu une série de circonstances et de cas particuliers qui font qu’une personne peut prendre ça comme une règle générale.
Mais comme j’ai dit dans différentes entrevues qui ont suivi l’étude américaine où on a étudié 32 personnes, une étude du genre n’a aucune valeur représentative. D’autre part, le soccer est joué depuis tellement longtemps et c’est tellement étudié à la loupe dans beaucoup de pays dans le monde, que certainement là où c’est un sport prioritaire, (une telle problématique) aurait déjà été mise de l’avant s’il y avait vraiment un problème de santé publique.
QS : Il y a quand même cette étude du Dr Delaney, qui montre que plus de la moitié des membres d’une équipe ont subi une commotion cérébrale au fil d’une année… Plusieurs de ces cas sont le résultat de chocs tête contre tête, chose que tout le monde prend au sérieux. Mais quand on constate qu’il y a des cas qui surviennent à la suite d’un simple contact entre un ballon et une tête, on peut comprendre pourquoi des parents s’inquiètent…
EL : Les formats de jeu au niveau des plus jeunes font que la fréquence, les fois où le ballon est touché de la tête, reste quand même anecdotique. Maintenant, c’est clair qu’avant la puberté, l’os du crâne n’est pas complètement formé. C’est sûr aussi que ce n’est pas un geste qui est priorisé dans l’enseignement des plus jeunes – on a toujours tendance à dire qu’on travaille en-dessous du bassin.
L’accident, le contact fortuit peut arriver, mais il arrive beaucoup moins que dans d’autres sports et dans toutes les circonstances il est fortuit. Mais toute activité humaine amène à un moment ou un autre un accident potentiel.
Moi ce qui m’étonne, surtout dans la façon qu’on décrit l’incident… Si le geste est mal réalisé, c’est-à-dire si on prend le ballon où on doit pas le prendre, c’est-à-dire au lieu de le prendre sur le front, on le prend sur le dessus de la tête, c’est sûr que ça peut faire mal.
QS : Le père reconnaît que les têtes n’arrivent pas souvent dans un match mais que dans le feu de l’action, le jeune joueur ou la jeune joueuse a tendance à vouloir réaliser un jeu spectaculaire de la tête afin de reproduire ce qu’il ou elle voit chez les pros.
EL : Si on parle d’enfants du sport-études, elle a donc 12 ans, donc ce sont des enfants dont la croissance osseuse du crâne est pas mal résorbée. Mais si j’entends bien ce que tu me dis, c’est parce que le geste a été mal réalisé.
Maintenant, si effectivement, à l’intérieur d’une séquence d’entraînement on multiplie le jeu de tête, ce n’est pas forcément quelque chose qui est priorisé dans l’enseignement des plus jeunes.
QS : Le père se demande si les entraîneurs ne devraient pas dire à leurs joueur(se)s de ne pas réaliser une tête sur des séquences de jeu particulières.
EL : Non. À ce moment-là, il faut vraiment se positionner sur la volonté de faire le sport, parce je le dis et redis, on le joue depuis 130 ans, et des millions de matchs sur tous les continents, et on n’a jamais été, en tout cas de ma vie, je n’ai jamais entendu qu’on faisait état d’un problème de santé publique. Alors il y a peut-être eu une circonstance exceptionnelle, et encore, on parle d’un échantillonnage de quelques personnes. C’est sûr que le soccer n’est définitivement pas un sport traumatisant.
Par ailleurs, nous avons le bonheur d’avoir, au sein de notre Conseil médical, le Dr Stéphane Ledoux, qui est un neurologue, un spécialiste des migraines. (Les commotions cérébrales) sera un des points mis en avant par le Dr Ledoux lorsque le conseil de réunira à la fin janvier (NDLR : cette entrevue a été réalisée en décembre dernier). Mais malgré le fait qu’on parle beaucoup de ça ces derniers temps, je répète que du jour au lendemain, le soccer n’est pas devenu un sport traumatisant. Et il le demeure beaucoup moins que d’autres qu’on pratique ici en Amérique du Nord.
QS : Le soccer n’a pas changé, c’est vrai, mais on peut alors avancer l’argument qu’on n’était tout simplement pas conscient de l’existence des commotions cérébrales auparavant…
EL : C’est aller très vite en conclusions, parce que là on parle d’un accident d’une fille qui a mal réagi à un geste technique. Ce n’est pas source de valeur scientifique. Et si papa s’inquiète, c’est légitimement le rôle d’un papa. Mais soyons extrêmement prudents.
QS : Ce père s’inquiétait aussi de la réaction des entraîneurs de son club, qui avaient tendance à chercher à miniminiser la gravité/l’ampleur du problème…
EL : Ça c’est peut-être un autre problème. Ce problème-là m’est revenu… Maintenant que tu m’en parles, je fais le lien avec l’intervention du MELS, qui a communiqué avec le Dr Ledoux du Conseil médical de la FSQ… Et (les commotions cérébrales feront partie) des études statistiques de blessures que recensera le Conseil médical de la FSQ cette saison.
QS : Le fait qu’il semble y avoir eu trois cas dans une même équipe… Ce n’est peut-être pas le sport comme tel qui est le problème, mais peut-être qu’il y a un problème dans cette équipe-là?
EL : On ne peut présumer de rien. On n’a pas inventé le foot et là, tout à coup, ça devient dangereux. Il faut être vigilant, car la santé de nos enfants et
de nos adultes est importante. S’il y a un sport dans le monde qui est analysé scientifiquement aussi bien au niveau du sport professionnel que des amateurs, c’est le foot…. Ce sport est passé à la
loupe dans tous les environnements à travers le monde, aussi bien au niveau professionnel que des académies. Et le foot n’est pas devenu traumatisant du jour au lendemain…
QS : On sait qu’au Québec, les coachs doivent être formés rapidement pour fournir à la demande créée par la présence de 200 000 joueurs licenciés. Au niveau AA, comme dans le cas de l’incident, les entraîneurs sont-ils tous en mesure de donner un encadrement optimal? Bref, la reprise de tête est-elle bien enseignée partout?
EL : Au soccer, au niveau du sport-études, ce sont tous des entraîneurs qui ont une certification sérieuse. Tous les coachs du sport-études ont suivi les cours du PNCE, donc les programmes nationaux et la certification canadienne, où les règles de prudence sont mis en avant, où les règles de sécurité sont prioritaires par rapport à n’importe quelle autre logique.
Mais de nouveau, quand on est rendu à 12 ans, on est dans le soccer avec des formats de jeu adultes, dont à 11, donc oui il y a des moments où on touche le ballon. Donc la question est-ce qu’on l’a bien touché, avec la bonne surface de contact, c’est-à-dire le front et pas la tête, là où l’os est moins fort?
QS : Aurait-elle dû laisser passer le ballon?
EL : En situation de match? C’est difficile de donner un avis sur ce que je n’ai pas vu mais a priori, je ne voudrais jamais qu’un enfant laisse passer un ballon volontairement… Maintenant, si ça se fait à une vitesse disproportionnée, avec un départ de ballon qui se fait à 2 mètres, c’est sûr qu’on va pas mettre sa tête si on reçoit un obus.
QS : Reste que les commotions cérébrales font partie des genres de blessures qui seront recensées au niveau AAA cette saison par le Conseil médical de la FSQ. La Fédé est ouverte à l’éventualité que de nouvelles données viennent changer la façon qu’ont les gens de soccer de voir les choses?
EL : La santé doit primer sur tout autre considération. Ça, c’est non-négociable. Sauf qu’il faut éviter de lancer des trucs paniquants. Suite à la récente étude américaine, je rappelle quand même que les Etats-Unis, c’est le seul ou un des seuls pays au monde, à mon avis, qui ait jamais vendu des casques de protection anti-commotion, anti-contact, pour des raisons évidentes de marketing. Alors que si l’Italie ou l’Allemagne ou l’Angleterre avait fait ça, parce qu’il était arrivé à des conclusions scientifiques, ç’aurait été beaucoup plus crédible que les Américains.
QS : Parce que les Américains ont cette tendance de vouloir mettre leurs enfants dans du papier-bulle…
EL : Et faire de l’argent.
QS : Que penses-tu des bandeaux protecteurs?
EL : Je ne les ai vus que dans des équipes américaines. La FIFA le permet car c’est une pièce qui n’est pas agressive. Mais ni la FIFA, ni l’UEFA ne les recommandent. Il n’y a pas de plus-value. Il n’y a qu’aux Etats-Unis qu’on vend ça.
QS : Une bonne technique c’est tout aussi sécuritaire, d’après toi?
EL : Définitivement. Si j’entends ce que tu me dis, si la fille a pris un long ballon et qu’elle l’a mal pris, c’est-à-dire qu’au lieu de le prendre sur l’os frontal elle l’a pris sur l’os du dessus de la tête, oui, ça fait mal. Ça c’est clair. Donc la technique est à la base de tout et l’enseignement de la technique dans les plus jeunes âges, et là je ne parle pas des 12 ans, je parle en-dessous de 12 ans, ce sont des gestes qui ne sont pas répétés, parce qu’on met l’emphase sur le jeu au sol. Les formats de jeu à 5 contre 5 ou 7 contre 7 ne favorisent définitivement pas le jeu aérien et on essaie de jouer au sol, parce que c’est comme ca qu’on progresse dans notre jeu, dans le football.
QS : Le jeu au sol est la meilleure façon de jouer, donc. Mais si le ballon va dans les airs, on leur dit de ne pas faire de têtes?
EL : Non, on ne leur dit pas de pas le faire. Mais de le faire de la bonne manière, bien sûr. Je pense de toute façon qu’un enfant qui n’est pas à l’aise, et qui va se faire mal une fois, il va être quelqu’un qui va y regarder deux fois parce qu’il aura été échaudé.
QS : On ne les force pas à faire des têtes? Jusqu’à 12 ans?
EL : Définitivement que non.
QS : Si des parents constatent que leur jeune souffre de maux de tête persistants, il faut consulter un médecin?
EL : La marche à suivre c’est la prudence. Mais avant les médecins, (les sports-études) ont tous des physios qui sont formés en fonction des commotions cérébrales, et le mot d’ordre général c’est : ‘aucun risque’. Donc s’il y a des migraines, s’il y a quoi que ce soit, c’est le repos. Si le repos ne suffit pas, il faut repasser chez un médecin . D’aucune manière la santé publique ne doit être remise en question, donc c’est la prévention à 200 pour cent.
QS : Le Conseil médical reconnaît quand même que les commotions cérébrales sont un problème assez fréquent puisqu’il fera partie du recensement des joueurs de niveau AAA cette saison. Tout d’un coup que c’est encore plus fréquent qu’on ne le soupçonnait initialement et qu’on ne sait pas pourquoi, quelle serait la réaction de la FSQ à ce moment-là?
EL : C’est sûr que je vais recontacter (le MELS) mais il me semble qu’il y a quand même des statistiques qui ont été faites à l’entrée des hôpitaux des traumatisés de tous les sports, donc je pense qu’il existe des chiffres au MELS. Avec le Conseil médical et apparemment le Dr Ledoux qui va prendre ce dossier en mains comme spécialiste des migraines, on va analyser ça de près.
L’idée qui avait été mise de l’avant au début c’était de prendre des statistiques sur les joueurs qu’on maîtrise directement, c’est-à-dire au CNHP, dans les sport-études, qui sont gérés directement par la FSQ via leur ARS. Donc là il est plus facile de faire un suivi médical des traumatismes et des manques à la santé publique qu’il pourrait y avoir. Mais de nouveau, pas de panique et il ne faut pas penser que du jour au lendemain c’est devenu dangereux. Oui, il y a eu un incident. Mais après ca, il faut analyser ça sereinement.
QS : La parent dont l’enfant subit une commotion cérébrale sera recensé s’il contacte son ARS, même s’il ne fait pas partie des programmes que tu mentionnes?
EL : Aujourd’hui, ce ne serait pas recensé. L’objectif qu’on avait décrit de facon très générale lors de notre première réunion, c’était définitivement d’avoir une étude sur nos programmes par rapport aux incidents de jeu. Maintenant, le fait que la commotion cérébrale soit devenue un sujet d’actualité, si je peux me permettre de dire ça comme ça, c’est sûr qu’on va travailler ça au prochain Conseil et on verra ce qu’on peut faire de façon réaliste. Parce qu’on n’est pas non plus une fédération qui peut mettre des millions sur la table pour faire des études, on n’en a pas les moyens, mais je pense qu’on travaille quand même non seulement avec le Conseil médical, mais on travaille différents projets avec différentes universités, l’UQAM et l’Université de Montréal. Et si c’était définitivement quelque chose qui devait être traité en priorité, pour trouver la meilleure prévention possible, donner les meilleurs conseils préventifs par rapport à nos approches, ce sera fait…Mais de nouveau, pas panique…
On tient des réunions mensuelles avec les entraîneurs-cadre, donc s’il devait y avoir quelque chose de récurrent et qui s’avérerait être un problème majeur, c’est sûr ce serait remonté jusqu’ici (à la FSQ). Ça s’est notamment avéré le cas lorsqu’il y a eu un suicide et un double suicide dans un des sports-études. Ça, c’est clair que ça nécessitait avec l’école et tous les psychologues de voir les répercussions que ça pouvait avoir par rapport aux groupes.
Mais les gens peuvent signaler des cas à leur ARS. S’ils ne reçoivent pas la réponse qu’ils souhaitent, qu’ils m’envoient personnellement un courriel et c’est sûr que le suivi se fera auprès d’un expert en la matière, ce que je ne suis pas.
Toutes les ARS, tous les sport-études ont un référent médical, un thérapeute, qui sont formés aux problématiques des commotions cérébrales. J’imagine que ce sont des gens responsables et j’imagine que s’il y avait vraiment de très graves…. Si on avait vraiment affaire à un sport traumatisant, ce serait apparu il y a quelques décennies…
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QUÉBEC SOCCER : Vous avez récemment été élu président de la FSQ avec la promesse d’être à l’écoute des gens, de ne pas rester ancré dans les vieilles habitudes du passé… Ça inclut la possibilité que les commotions cérébrales s’avèrent un problème plus important qu’on ne le soupçonne au soccer chez les jeunes?
MARTIAL PRUD’HOMME : Bien sûr que oui, on a tous à gagner. On travaille, comme bénévoles, pour le bien-être de 190 000 jeunes et au fond, notre idée, c’est de développer leur condition et leur bien-être physique, et mental aussi. Et on ne voudrait pas qu’il y ait des incidents comme ça. Et si jamais il y en avait, on va s’ajuster et on va s’assurer qu’on puisse minimiser ça.
Le bien-être du jeune a priorité, ce n’est pas la compétition, ni les trophées. En bout de ligne c’est ça. Heureusement que le soccer c’est un sport qui, en principe, a moins de contacts que d’autres dans les sports d’équipe. Mais il y aurait moyen d’aller plus loin probablement, s’il y a des études qui sont concluantes là-dessus.
QS : Étant donné que Denis D. fait état de plusieurs incidents au sein de la même équipe, peut-être que c’est l’enseignement qui est en cause, plutôt que la nature même du sport?
MP : Il faut peut-être pousser davantage notre enseignement à la base. À partir du moment que tu commences à faire des têtes, il faut que tu le fasses comme il faut. Je me souviens d’avoir fait pratiquer moi-même des tacles sur le ballon. Tu sais, un mauvais tacle, ça ne fait pas du bien. Je mettais mes joueurs en ligne, face à face, et à ‘go’ on y allait. La personne qui est le moindrement timide, qui ne fait pas le geste, par crainte, elle, elle va se faire mal. L’idée, pour le tacle du moins, c’est d’y mettre l’énergie et arriver au contact avec le ballon. Au niveau de la tête c’est pareil. Il y a une technique à respecter.
QS : Les commotions cérébrales sont un sujet d’actualité et inquiètent beaucoup. Ça tombe donc à point que le Conseil médical de la FSQ ait été mis sur pied et se penchera notamment là-dessus…
MP : Oui, parce qu’il faut prévenir les blessures le plus possible. L’idée de ce Conseil, c’est ça.
QS : Si le parent dont l’enfant subit un incident du genre veut signaler son cas aux instances appropriées, comment doit-il procéder?
MP : Il faut respecter notre structure. Il faut donc parler à son club, le club va ensuite communiquer le tout à l’association régionale et ils nous transmettront le plus tôt possible ce genre d’info. À ce moment-là ce sont les assurances des joueurs qui pourraient intervenir. Qu’on obtienne l’information régulièrement, c’est comme ça qu’on pourra bouger.
QS : Et après, vous allez essayer de savoir les causes qui se trouvent derrière ça…
MP : Le nombre de cas, s’il s’agit de cas isolés, y avait-il déjà des limites qui faisaient peut-être que c’était plus compliqué pour certaines personnes…
Propos recueillis par Marc Tougas
Le magazine No 1 de soccer au Québec
